le petit frere
De ma sainte patrie
J'accours vous rassurer ;
Sur ma tombe fleurie,
Mes s½urs, pourquoi pleurer ?
Dans son affreux mystère,
La mort a des douceurs :
Je vous vois sur la terre ;
Ne pleurez pas, mes s½urs.
Ma souffrance est passée,
Et mes pleurs sont taris ;
Ma main n'est plus glacée,
Je joue, et je souris ;
Mon regard est le même,
Et j'ai la même voix ;
Mon c½ur d'ange vous aime,
Mes s½urs, comme autrefois.
J'ai la même figure
Qui charmait tant vos yeux ;
La même chevelure
Orne mon front joyeux ;
Mais ces boucles coupées
Au jour de mon trépas,
De vos larmes trempées,
Ne repousseront pas !
Là-haut dans des corbeilles
Les fleurs croissent sans art ;
Les méchantes abeilles
Là-haut n'ont point de dard ;
Les roses qu'on effeuille
Peuvent encor fleurir,
Et les fruits que l'on cueille
Ne font jamais mourir.
Le soir, quand la nuit tombe,
Parmi vous je descends ;
Vous pleurez sur ma tombe :
Vos larmes, je les sens.
Caché parmi les pierres
De ce funèbre lieu,
J'écoute vos prières,
Et je les porte à Dieu.